Effets de Manche

Motets et conduits des XIIIe, XIVe et XVe siècles provenant de manuscrits anglais
The invisible Kingdom (2013), Thierry Machuel

De tout temps la Manche unit autant qu’elle sépare la France et l’Angleterre. Amour et haine se disputent dans le cœur des riverains. Depuis la conquête – ou l’invasion suivant les points de vue – de l’Angleterre par Guillaume de Normandie en 1066, le baronnage d’outre-Manche est francophone et de culture continentale. Dès cette époque, l’anglo-normand est parlé par l’élite intellectuelle et sociale, elle est  langue de prestige et de culture jusqu’à la fin de la guerre de cent ans.

Ce programme est un exemple de la grande variété des genres cultivés au XIVe siècle par les musiciens anglais. Entre les deux grands manuscrits de St Andrews (1230) et d’Old Hall (1415), ne subsistent que des sources fragmentaires nous renseignant sur la musique composée dans les îles britanniques. Néanmoins, ces deux sources donnent une image précise de la culture musicale à près de deux cents ans d’écart.

Au XIIIe siècle, il y eut beaucoup d’échanges et la polyphonie parisienne de l’époque gothique (Ecole Notre-Dame), s’acclimata rapidement en Angleterre. On pratique le « style parisien » et sa méthode en les poussant à l’extrême, et cela bien après que l’organum et le conduit aient été abandonnés ailleurs. Des genres hybrides comme le motet-conduit, le motet-trope, voient le jour. Le mélange de tous ces genres ainsi que l’utilisation fréquente des imitations canoniques, de passages vocalisés sur une syllabe, de l’inversion des voix avec ou sans texte, de la possibilité pour le cantus firmus de migrer dans la partie médiane, des mouvements parallèles sur des rythmes simples et concordants, semblent être caractéristique de l’art anglais de la composition. Ajoutons-y la prédilection pour les intervalles de tierces et sixtes et, bien sûr, l’adaptation de textes anglo-normands sur des pièces initialement latines ou françaises.

Le programme que nous vous proposons, est composé de motets et conduits des XIIIe , XIVe et XVe siècles provenant de manuscrits anglais ainsi que d’une oeuvre commandée par l’ensemble à Thierry Machuel : The invisible Kingdom.
« Le cycle que j’ai choisi de former avec ces textes raconte le cycle de la vie et de la mort qui, pour toutes choses est un perpétuel changement, où l’on se détache toujours de ce qu’on a été afin qu’advienne ce que l’on doit devenir, où la tristesse même doit être purifiée. L’injonction finale, pleine de douceur, à désirer le perpétuel changement, nous entraîne sur les traces des mystiques de toutes les traditions religieuses, que Kathleen Raine réunissait parfaitement dans sa pensée, et dans son style, très imagé, simple, accessible et d’une réelle profondeur. »
Thierry Machuel

Programme pour 5 voix a cappella.