Par son travail d’interprétation reposant sur la connaissance des sources et des notations, l’ensemble De Caelis est sans cesse confronté à la question de l’écriture musicale et de son interprétation. Qui veut servir la musique médiévale doit faire un acte qui s’apparente parfois à la création. Les musiciens des XIII-XIVe et des XX-XXIe siècles ont en commun d’être des novateurs, en quête de systèmes de notation. C’est ce lien intime et complexe qui relie les signes et les sons, que De Caelis veut explorer.
L’originalité de l’ensemble est d’adopter, comme processus spécifique, une réflexion sur l’interprétation inspirée des notations musicales et, réciproquement, une réflexion sur la notation à partir du phénomène sonore. Produire un jeu de résonances d’une époque à l’autre est devenu pour l’ensemble une nécessité artistique. En scrutant les richesses du passé, il cherche à porter un nouveau regard sur le présent et à faire apparaître d’étonnantes filiations.
Bien sûr, c’est l’Homme qu’il cherche à travers la musique ancienne, non le passé. Re-créer aujourd’hui, d’une façon documentée et bien vivante, ce répertoire ancien pour ce qu’il porte en lui de richesses, pour ce qu’il peut féconder notre temps est sa motivation première.
L’homme du Moyen Age savait unifier ce que nous divisons. Le monde des Beaux Arts était pour lui Universum, insécable, la musique en était le centre. Aujourd’hui encore, Il appartient à quelques œuvres, dépositaires d’une part d’intemporalité, de pouvoir nous toucher directement, par-delà les histoires et les éducations. L’art du chant a cappella permet cette expérience singulière. Un lien intime se crée avec notre mémoire collective et l’écho entre les siècles devient tangible.
L’alliance du répertoire médiéval et de la création contemporaine, leur mutuel enrichissement, permettent à l’auditeur la découverte d’une nouvelle expérience.
Laurence Brisset